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Interview PGE : “Une proportion significative de chefs d’entreprise optent pour le différé de remboursement”

Faut-il rembourser ou demander un nouveau report de son prêt garanti par l’État ? Un an après l’obtention de leur PGE, les entreprises doivent faire un choix. Et pour Solenne Lepage, directrice générale adjointe de la Fédération bancaire française (FBF), de nombreuses entreprises demandent actuellement à leur banque de différer d’une année supplémentaire le remboursement de leur prêt.

Pour Solenne Lepage, directrice générale adjointe de la Fédération Bancaire Française, "l’endettement des entreprises n’est pas un sujet de préoccupation aujourd’hui".
Pour Solenne Lepage, directrice générale adjointe de la Fédération Bancaire Française, “l’endettement des entreprises n’est pas un sujet de préoccupation aujourd’hui”. — Photo : DR

Les 660 000 entreprises qui ont souscrit un prêt garanti par l’État (PGE) sont toutes face à un choix. Quelles sont les options que peut actionner un chef d’entreprise un an après avoir contracté un PGE ?

Les prêts garantis par l’État ayant commencé à être distribués fin mars 2020, la grande majorité des entreprises arrive à la date de premier anniversaire de leur contractualisation. Au bout d’une année de différé de remboursement, l’entrepreneur a le choix de rembourser immédiatement, tout ou partie du prêt, ou d’opter pour l’amortissement de son prêt pour une durée pouvant aller jusqu’à cinq ans supplémentaires. Les banques se sont aussi engagées à accepter la demande de l’entrepreneur de décaler d’une année supplémentaire le remboursement du capital du PGE, en restant sur une durée totale maximale de six ans.

Comment les chefs d’entreprise doivent-ils communiquer leur décision à leur banquier ?

Ce sont en fait les banques qui approchent leurs clients, bien avant la date d’anniversaire du PGE, pour recueillir leurs intentions et décisions.

Cette décision est-elle irrévocable ?

L’État, qui garantit le prêt, considère que la décision est fixée ; sa commission de garantie est donc prélevée de façon irrévocable sur la base de la durée choisie. Dans cette limite, et dans celle des 6 ans maximum de durée de PGE, les conseillers bancaires seront à l’écoute des besoins au fil des années.

Les coûts diffèrent-ils en fonction de la durée d’amortissement retenue ?

Oui. Lors de l’entretien ” anniversaire “, le conseiller bancaire va présenter la grille de taux d’intérêt qui varie en fonction de la durée d’amortissement. Les banques ont pris l’engagement de proposer aux entreprises les prêts garantis par l’État à prix coûtant, c’est-à-dire sans réaliser de marges par rapport à leurs propres coûts. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a donné des ordres de grandeur des taux d’intérêt qui pourraient s’appliquer (de 1 à 2,5 % pour les TPE et PME, incluant la commission de garantie de l’État, NDLR). Ces taux varient d’un établissement à l’autre en fonction des coûts de chaque banque.

Si le chef d’entreprise demande de différer le remboursement de son prêt d’une année supplémentaire, sa demande sera-t-elle automatiquement acceptée ?

Nous avions proposé cette souplesse en octobre, sur proposition de la banque, mais nous avons ensuite passé une étape supplémentaire en janvier. Les banques se sont engagées à accepter systématiquement les demandes de décalage de remboursement du capital formulées par le chef d’entreprise.

Sauf que le différé de remboursement ne porte pas sur l’intégralité du montant…

Le décalage d’un an porte effectivement sur l’amortissement du capital, qui constitue la plus grande partie du coût de l’amortissement. En revanche, les intérêts et la commission de garantie d’État restent dus.

Qu’est-ce que cela représente à payer pour l’entreprise ?

C’est très variable en fonction du montant du PGE. D’après nos simulations, pour un prêt de 100 000 euros amorti sur 5 ans, l’entreprise optant pour un délai de décalage de remboursement d’un an supplémentaire versera environ 2 000 euros pour les intérêts et la commission de garantie d’État la première année d’amortissement. Si cet amortissement est linéaire, pour les quatre années suivantes, elle devra rembourser en plus environ 25 000 euros de capital chaque année.

Par contre, l’entreprise ne doit pas perdre de vue qu’en décalant d’une année le remboursement du capital de son prêt, elle devra régler des échéances plus importantes dans un an…

Le prêt ne sera effectivement pas décalé pour autant, car il ne peut pas durer plus de six ans. C’est un arbitrage que doit faire l’entrepreneur. Préfère-t-il lisser le remboursement en commençant à amortir le capital tout de suite ou est-ce qu’il est prêt à rembourser son prêt en deux temps, avec un coût faible pour l’année à venir, mais en devant ensuite rembourser le prêt sur une durée plus courte ?

Beaucoup de chefs d’entreprise optent-ils pour ce différé de remboursement ?

Nous constatons qu’il y a en effet un certain taux de demandes de décalage d’amortissement du capital. C’est encore un peu tôt pour le chiffrer parce qu’il ne s’agit que des premiers retours.

C’est une demande de la majorité de chefs d’entreprise ?

Disons que c’est une proportion significative… qui montre que la souplesse est bien utilisée.

Pourtant une récente étude de Bpifrance assure que plus des deux tiers des entreprises n’ont pas ou peu touché à leur PGE…

C’est plutôt bon signe. De manière générale, les entreprises ont un bon niveau de trésorerie et font des choix de relative prudence : elles conservent de la trésorerie pour se donner un peu de temps.

L’endettement des entreprises a fortement augmenté avec la crise sanitaire. Est-ce inquiétant ?

Non. L’endettement des entreprises n’est pas un sujet de préoccupation aujourd’hui. Quand vous regardez le niveau global d’endettement des entreprises, il est vrai que la dette brute a progressé. En revanche, la dette nette a progressé dans des proportions qui sont à peu près proches. Cela veut dire que, de manière globale, les entreprises ont eu recours à l’endettement, mais disposent d’un bon niveau de trésorerie. Cela montre bien que, dans beaucoup de secteurs, l’activité reste assez soutenue. Il y a bien sûr quelques secteurs impactés par des fermetures d’activité, mais cela reste une proportion assez limitée, ce qui permet de leur consacrer davantage d’efforts encore, pour les aider à traverser la période.

Pour préparer la relance, un nouvel outil sera mis en place début avril : les prêts participatifs. À qui s’adressent-ils ?

Le prêt garanti par l’État était un instrument de soutien à la trésorerie destiné au plus grand nombre. Un an plus tard, l’objectif change, l’outil aussi. Avec les prêts participatifs, nous sommes sur le renforcement du bilan des entreprises pour investir dans un objectif de relance. Ils s’adressent aux PME d’au moins deux millions d’euros de chiffre d’affaires ainsi qu’aux ETI, qui ont un projet et des perspectives d’investissement. Ce prêt participatif Relance sera disponible jusqu’à fin juin 2022.

Comment fonctionne ce prêt ?

Il s’agit d’un prêt sur huit ans, remboursable à partir de la quatrième année. C’est un élément qui est de nature à renforcer le bilan, parce que c’est un prêt qui est long, qui permet à l’entreprise de se donner le temps pour investir de façon fructueuse et faciliter ainsi sa relance. Le gouvernement a fixé une ambition de 20 milliards d’euros et met à disposition une garantie de l’État.

Quel est l’intérêt pour une entreprise de se tourner vers le prêt participatif plutôt que vers un prêt classique ?

Le prêt participatif va permettre aux entreprises de renforcer leur bilan et de le renforcer à un coût raisonnable du fait de la garantie de l’État. Ensuite, cet outil sera sans impact sur la gouvernance de l’entreprise. Il n’y a pas de prise de participation au capital. Les entreprises vont ainsi pouvoir rester maîtres chez elles. Pour beaucoup d’entre elles, c’est un point très important.

Entretien avec Solenne Lepage, directrice générale adjointe de la Fédération Bancaire Française
Journal des Entreprises : Propos recueillis par Stéphane Vandangeon – 24 mars 2021

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